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Lettonie, ce que tu vas me manquer

En tant que français, y’a pas mal de raisons d’aimer la Lettonie. En ce qui me concerne, j’en compte 18 tout de même. 12 mois que je vis ici, dans quelques jours je serai de retour par les miens. Voici donc ce qui va me manquer lorsque je serai de retour en France …

La première raison qui me vient à l’esprit est Riga, sa capitale. C’est une grande ville (environ 650 000 habitants), belle (le vieux Riga et la partie Art Nouveau pour ne citer qu’eux), très proche de la mer (à 20 km), avec de nombreux quartiers bien différents les uns des autres. Chaque soir, il y a quelque chose à faire. Des évènements parfois loufoques et donc très intéressants. Il y a également beaucoup de bars, restaurants et boites de nuit avec des ambiances et styles uniques. Non franchement j’aime beaucoup cette ville.

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Puis il y a le reste de la Lettonie. Et là, c’est très dépaysant. En gros la Lettonie c’est Riga et …. La campagne ! La deuxième ville du pays, Daugavpils, compte environ 90 000 habitants mais on a plutôt l’impression qu’elle en a deux fois moins. Donc dès qu’on sort de Riga, on a le sentiment d’être loin de tout. Des petits villages çà et là, reliés par des poteaux électriques où cigognes ont élu domiciles, et des toutes petites routes parfois non goudronnées (on ne se croit vraiment pas en Europe mais quelque part … ailleurs … loin !) au beau milieu d’une immense forêt : la Lettonie. Et cette impression d’être encerclé par la Mer Baltique. Ça, c’est vraiment unique!

 

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D’ailleurs, toute cette campagne est accessible facilement. En tout cas à partir de Riga car chose très pratique, la capitale se trouve au centre du pays. Il faut 3h en voiture pour rejoindre l’extrémité Ouest et 4h pour son extrémité Est (alors qu’il n’y a pas d’autoroute!). Donc oui, la Lettonie est une toute petite nation ce qui est très commode pour la visiter. C’est une grande satisfaction quand tu regardes une carte, et que tu te dis “bah en fait, j’ai vu les 4 coins du pays”. Le sentiment du devoir accompli quoi.

Et cela a été rendu possible grâce aux transports en commun. Les bus vont partout ! Ils rejoignent quasiment tous les villages. Dieu merci pour les habitants et les touristes, ils existent ! En outre, à Riga c’est pareil. Bus, tramways, trolleys peuvent nous emmener partout et passent très souvent. Donc je remercie tous ces chauffeurs de bus, qui m’ont permis de visiter le pays malgré le fait que je n’avais pas de voiture.

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Passons maintenant de l’accessibilité géographique à l’accessibilité temporelle.. Encore ici, c’est super ! Les magasins sont tout le temps ouverts : dimanche et en semaine jusqu’à très tard (il m’arrive de faire mes courses à 22h, chose impossible à faire dans ma ville en France). Cette liberté est pour sûre quelque chose qui va beaucoup me manquer..

… Et de l’accessibilité temporelle à l’accessibilité monétaire… Pour un français, avec un pouvoir d’achat de français, la Lettonie c’est le bonheur! Les cigarettes sont à 3 euros le paquet, la pinte de bière aussi. Tu peux avoir un bon repas dans un restaurant correct pour 5 euros.

Tiens cela me fait penser à mon alimentation..! La cuisine lettonne est plutôt grasse, peu onéreuse comme je l’ai dit, et merde… Le gras peu cher va me manquer! Ah et on le sait très peu, mais dans cette partie du monde, les bières sont super bonnes. Miraculeusement, tout ce gras et bières ingurgités ne m’ont pas fait grossir. Peut-être ont-ils trouvé des ingrédients magiques ? Aaah, partagez votre secret !

Bon maintenant attention je vais parler des gens ! Je vais commencer par évoquer leurs traditions… Il faut savoir que les lettons sont les derniers à avoir été christianisés en Europe. Ils ont donc gardé des croyances païennes jusque tard. Et je ne sais pas comment ni pourquoi, mais elles ont réussi à déjouer les dommages du temps ! A présent, la plus célébrée est Ligo/Jani. C’est le 24 Juin, le jour de la Saint Jean (Janis, c’est Jean en letton). Ils fêtent le jour le plus long de l’année et le début de l’été. Et il y a tout un tas de rites à respecter : les filles confectionnent des couronnes de fleurs pour elles et des couronnes de feuilles de chêne pour les hommes. Le soir, ils font la fête jusqu’au petit matin. D’énormes feux de bois sont installés et les gens chantent des chansons traditionnelles et dansent. Ils parlent aussi d’une fleur particulière qu’ils doivent aller chercher, mais qui en réalité n’existe pas! C’est en fait l’occasion pour les couples d’avoir un super coït au beau milieu de la nature.. « On revient, on va chercher la fleur… ! » Ahah, quelle tradition !

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Pâques est également un moment important. Les gens vont très peu à la messe et le célèbrent d’une autre manière. Ce jour-là, ils mangent beaucoup. Ils peignent sur des œufs durs à l’aide d’un savant mélange d’épices, de fleurs, de peau d’oignons, de feuilles d’arbre etc qu’ils font bouillir. Grâce à ces colorants naturels, les œufs deviennent magnifiques. Durant le repas, ils organisent des combats d’œufs. Chacun prend un joli œuf dans sa main et tente de casser la coquille de l’autre. Celui qui perd doit manger son œuf, avec du sel et de la mayonnaise. C’est très drôle! Il faut également faire de la balançoire. Ils disent que si l’on fait de la balançoire ce jour-là, on ne va pas être piqué par les moustiques durant l’été (ce qui n’est pas vrai, tout le monde sait qu’on ne pourra y échapper…). J’en profite pour vous dire que l’Etre humain doit vaincre le moustique. Rejoignez le combat.

Allez, un dernier évènement que j’ai beaucoup aimé… Le 11 Novembre est l’occasion pour eux de célébrer Lacplesis, héros letton. Selon la légende, il aurait réussi à repousser l’envahisseur allemand du temps de ses chevaliers teutons. Enfin pas tout à fait, car il serait tombé dans la Daugava (plus grand fleuve de Lettonie) lors d’un combat avec le chef des chevaliers allemands et on ne les a jamais retrouvé. En tout cas, ce mi-ours mi-homme aurait permis de fortifier l’unité de la Lettonie. Donc ce jour-là, de nombreuses commémorations ont lieu pour célébrer les grands lettons qui ont sauvé la patrie. Les gens allument des bougies dans les cimetières des anciens combattants et organisent une grande marche dans la nuit noire de Novembre, éclairée par leurs torches. C’est le jour de la fierté lettone.

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Pour finir avec leurs modes de vie, je dois vous parler de leurs habitudes et superstitions auxquelles il faut faire attention. Pour un français, certaines peuvent paraître amusantes, mais il faut les respecter. Par exemple, il faut toujours offrir un bouquet de fleurs à une femme avec un nombre pair, les nombres impairs étant réservés aux funérailles. Ou alors il ne faut jamais siffler dans un lieu clos, autrement cela attirerait le diable. Tout comme il ne faut jamais saluer quelqu’un sur le pas de la porte, c’est très malpoli. Il faut le faire une fois que la personne est vraiment entrée dans la pièce. De même qu’il faut toujours retirer ses chaussures quand on arrive chez quelqu’un. Toutes ces règles de vie ne sont pas du tout contraignantes, il est facile de les suivre. Et on est même assez fier, en tant qu’étranger, de réussir à les assimiler petit à petit.

Je suis en train de penser à autre chose que j’ai beaucoup aimé ici. Les très courtes nuits d’été. Je me revois passer des soirées à Riga ou mieux, en campagne où il ne faisait jamais complètement nuit. C’est très surprenant, la lumière est toujours présente et elle ne vient pas de la lune ni des spots éblouissants des villes. Je m’amusais pendant ces soirées, à regarder le soleil se coucher mais on aurait dit qu’il n’y arrivait pas. Vers minuit, il émettait toujours, car pas vraiment au lit. Puis pendant 2/3 heures, on aurait dit qu’il passait juste en-dessous de l’horizon, sur plusieurs centaines de mètres pour refaire une lente et douce apparition vers l’Est aux alentours de 3 heures du matin. Ici les éléments de la nature, pourtant les mêmes qu’en France, se comportent différemment. Un vrai régal pour les yeux et une sensation de faire partie d’un autre monde.

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Par ailleurs, la saison que j’aime particulièrement ici est l’hiver. Oui l’hiver ! Il est authentique, dur, vigoureux, long et triste. Il me montre que je suis tout petit face à Dame Nature. Il faut se protéger, s’adapter. Et c’est possible. Ici beaucoup de personnes m’ont dit : “non non il ne fait pas froid. C’est que tu n’as pas les bons vêtements, c’est tout.” Donc oui, on a tous de nombreuses couches d’habits sur nous. Mais avec ça, je vous jure que les -10 degrés, on les affronte facilement! Et ces paysages ruraux ou urbains, immaculés, paraissent intemporels. C’est beau. Et ces lacs gelés, où tout le monde chausse les patins pour s’y amuser. Certains font même du rallye dessus. Les pêcheurs y font des trous pour pouvoir toujours pêcher. Toutes ces images sont les plus dépaysantes pour un français. Car en France, tout du moins dans ma région, cette saison n’existe presque pas. De plus, l’hiver ici a une odeur, très particulière, que je ne saurai décrire. Mais cette odeur, je l’aime. Elle me rappelle les moments de mon enfance en Pologne lorsque j’allais rendre visite à mes grands-parents. Là-bas, cette odeur existe aussi.

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Obligés d’être à l’écoute des éléments naturels afin de pouvoir vivre en toute quiétude, les lettons sont devenus très proches de leur environnement. Ils le respectent énormément. Les forêts sont propres, les espaces urbains également. Ils pratiquent beaucoup plus le vélo pour leurs déplacements quotidiens, comparés aux français. Y’a qu’à se balader dans les rues de Riga pour le constater. Ici jeter sa cigarette dans la rue est très très mal vu. On peut trouver des poubelles pour mégots partout dans les villes. Toute cette conscience écolo-collective m’a poussé à acheter un cendrier de poche au cas où, on ne sait jamais, je ne trouve pas ces poubelles.  Une très bonne nouvelle habitude, merci Lettonie !

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Un autre aspect qui va me manquer : le multiculturalisme. En effet, dans ce pays, et notamment à Riga, de nombreuses communautés se côtoient. Tout d’abord il y a les deux principales : les lettons (environ 60 %), puis les russes (environ 35%). Bon malheureusement, cette nation a du mal à les faire cohabiter, pour de nombreuses raisons que je n’ai pas envie de développer ici. Moi, au contraire, j’ai trouvé cela très intéressant à expérimenter. Je n’avais jamais vécu dans un pays divisé en deux. Très égoïstement, cela m’a beaucoup apporté. Par exemple, au lieu d’apprendre une culture, j’en apprends deux. Au lieu d’apprendre une seule langue, tu as le choix d’en apprendre deux. Etc. C’est un peu comme un pays 2 en 1. Donc 2 fois plus intéressant qu’un seul pays, 2 fois plus complexe aussi. Et il y aussi d’autres minorités dont je n’avais jamais eu la chance de rencontrer, issues de l’ancien bloc communiste : les ukrainiens, les biélorusses, les estoniens, des géorgiens, et même des gens des « AN » pays : Azerbaïdjan, Kirghizistan, etc. Oooh ouiii, ces gens vont me manquer car je sais qu’en France, je n’aurai plus l’opportunité de les rencontrer…

Ah et encore une catégorie de gens que je n’aurai plus la chance de voir : les babouchkas. Même s’il est difficile de discuter (elles ne parlent pas anglais en général), j’ai toujours eu de bonnes relations avec elles : quand je leur laisse ma place pour qu’elles s’assoient dans le bus et qu’elles me donnent un petit sourire plein d’amour. Quand elles essayent de discuter avec moi mais qu’elles voient que ça va pas aller bien loin et me donnent un sourire plein d’amour. Quand j’essaye d’entamer une discussion avec elles pour passer le temps et que je n’y arrive pas et qu’elles finissent par me donner un petit sourire plein d’amour. Et quand je valide leurs tickets de transport pour leur éviter trop d’efforts inutiles et qu’elles me donnent un sourire plein d’amour. Bref, ces femmes m’ont tellement attendri. Et elles ont leur propre mode de vie, leurs propres codes. Par exemple, elles ont toujours quelque chose sur la tête. En hiver, c’est une chapka. En été ce sera un foulard. C’est super dépassé mais je suis sûr qu’un jour cela redeviendra à la mode, et là elles seront redevenues avant-gardistes. Je suis quelque peu taquin ici mais c’est vrai, je les respecte beaucoup. Elles ont vécu tellement de choses et des époques bien différentes : la seconde guerre mondiale (pour les plus vieilles d’entre elles), la guerre froide et son communisme, l’indépendance de la Lettonie et le capitalisme. Aujourd’hui elles sont probablement veuves, les hommes “babouchkas” étant beaucoup plus rares. Elles sont des livres vivants antiques, mais malheureusement qui vont bientôt se refermer, avec leurs histoires et une époque à jamais révolue…

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Merde, ce paragraphe peut paraitre mélancolique. Hop je retrouve tout de suite le bonheur parce que je veux parler d’une autre catégorie de femmes : les jeunes femmes. Pfff qu’est-ce qu’elles sont belles ! Le préjugé qu’ont les français à propos des femmes de l’Est et du Nord de l’Europe est donc bel et bien vrai! Beaucoup d’entre elles ici sont grandes, blondes, aux yeux bleues. On peut se retrouver dans un village au beau milieu de nulle part, et il y aura toujours une créature envoûtante sortant de je ne sais où. C’est hallucinant!

Et enfin, ce qui va beaucoup me manquer, ce sont toutes ces discussions que j’ai pu avoir avec les lettons dans les bars de nuit. J’aime leur point de vue et état d’esprit qui sont souvent différents du mien, les débats qu’on a pu avoir sur de nombreux sujets. Ils m’ont apporté beaucoup de choses, et j’espère leur avoir apporté aussi. Les lettons sont d’ordinaire plus froids que les français, mais une fois le contact et la confiance établis, les discussions peuvent durer des heures. Et celles-ci sont intéressantes car je dirais que le letton moyen est généralement plus cultivé, respectueux et intelligent que son semblable français. J’ai rarement rencontré des jeunes gens complètement stupides ici, comme on peut en trouver en France, en tout cas cette catégorie de la population qui a décidé que l’école et l’effort intellectuel étaient inutiles.. Et d’ailleurs, ici la communication est possible car la majorité d’entre eux ont un bon niveau d’anglais (contrairement à nous).

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Voilà, comme vous pouvez le voir, y’a pleins d’aspects positifs en Lettonie. Faut y aller quoi! Faut se bouger, faut voir le monde dans sa diversité… Bah ouais ! C’est un tout p’tit-pays-tout-neuf (il n’a que 27 ans, ayant retrouvé son indépendance après 50 ans d’occupation soviétique). Je sais que bon nombre de français ne savent pas où il se trouve. Je vous invite donc à vérifier sur une carte, puis de réserver un vol Paris-Riga via AirBaltic. Vous en aurez pour 3 heures d’avion et 150 euros de votre portefeuille. Et ainsi, j’espère que vous ne ferez plus l’erreur de penser que j’ai passé un an en Lituanie … ! Et oui, plusieurs de mes proches ou collègues n’ont toujours pas fait la différence malheureusement. C’est en voyant de vos propres yeux cette partie de l’Europe que vous comprendrez. Enfin j’espère !

Thomas Wild

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